Editorial

Je prends la vedette !

J'ai peut-être l'air de faire la tronche sur cette photo mais je venais de cuire en plein soleil. C'était l'été dernier, en Février. Je profite de cette tribune pour remercier Jules de couvrir mon lit de doudous chaque soir. Et le remercier aussi d'arrêter de m'en couvrir la tête. Ca m'énerve.

julesdemure

Samedi 7 mai 2005

(rédigé en 2003)

Il y a dans l’histoire des dates que l’on mémorise facilement, parce qu’elles commémorent un grand évènement. Le 18 juin en est une pour nous. Car c’est bien l’appel du 18 juin… 2002 qui a marqué la fin de notre vie à deux. Ce jour là, Madame VALO d’O.A.L nous annonçait que Jules, né le 2 avril, nous attendait au plus vite à Bogota. Le lendemain, nous récupérions le dossier parvenu par fax de « Los Pisingos » . Joie mêlée d’inquiétude : imaginez une photo d’identité photocopiée, puis faxée, puis photocopiée… le joli poupon avait bien deux yeux, un nez, une bouche, mais on l’eût dit dessiné avec un très gros crayon gras ! Il nous faudrait donc attendre un peu plus avant de mettre un visage sur celui qui occupait désormais le plein espace de nos pensées.

 

Nous passons rapidement sur les quelques litres de champagne débouchés les jours qui suivirent, et sur la facture de téléphone qui emboîtât le pas. Les visas, les papiers, le tout petit (!) dossier administratif, les affaires courantes réglées… oui oui les géraniums seraient arrosés régulièrement, la boîte aux lettres relevée… La valise de Jules, préparée à la hâte, les nombreux conseils d’amis (dont certains auraient bien voulu se glisser dans la valise) …

Il nous fallait nous rendre à Bogota, et c’est Iberia qui s’en chargea, le 8 juillet, avec un premier saut de puce via Madrid, avant la longue traversée vers la Colombie.

 

Bien qu’ayant tout prévu, l’arrivée à l’aéroport se fait non sans une certaine appréhension :

«    - Qui vient nous chercher ?

- ???

- Tu as l’adresse de l’auberge ?

- ???    »

Nous voilà donc dans un pays inconnu, pour une destination du même sort, un chariot rempli de bagages… « On n’a qu’à appeler O.A.L – Oui mais je te rappelle qu’il est minuit là-bas… » Tiens oui au fait, levés à 3H00 ce matin, impossible de fermer l’œil dans l’avion, ne commencerions-nous pas à être un peu fatigués. Il n’est que 17H00 ici ! L’attente est finalement de courte durée, un jeune homme se presse derrière la salle de débarquement avec notre nom sur sa pancarte. David MEDINA, le fils de Lucia, notre guide. Et nous voilà plongés en un instant dans cet embouteillage géant qu’est Bogota. De zigzags pour éviter les trous laissés par les plaques d’égout dérobées en freinages intempestifs pour ne pas percuter les vélos qui traversent le périphérique. Une première image bien locale du pays !

 

Arrivés à l’Auberge, nous sommes accueillis par les familles déjà sur place, revenant du Parc 93. Pablo, Céleste, Romain, Luca, Mathis…Présentations, échanges, informations, bons tuyaux, tout y passe. C’est la fête ! Et nous passons à table. Au menu ce soir, fondue Savoyarde… à la vache qui rit !!! Epuisés, après avoir englouti notre quatrième repas de la journée, nous allons nous coucher, impatients du lendemain, qui sera un sacré grand jour !

 

Ce matin, c’est Christophe et Corinne qui partent pour faire la connaissance de Clément. Lucia nous annonce que pour nous, le rendez-vous est fixé à 14h00 départ de l’auberge. Clément revient en fin de matinée avec ses parents. Rires et sourires. Midi : « ¡ Ya se pueden pasar a comer ! » Nous sommes déjà attablés, pressés de terminer, pour aller se pomponner avant le départ. Costume et robe ne sont pas trop froissés du voyage. Nous sommes fins prêts quand Lucia arrive. Elle nous conduit à l’appartement de Rosa de ESCOBAR, fondatrice de « Los Pisingos ». On nous invite à nous asseoir. Coca ou café ? Lucia se recule pour cadrer son Polaroïd. Et voilà Rosa qui arrive, portant Jules. Drôle de moment où s’entrechoquent des flashs, des sourires crispés, des yeux brillants. Ca y est, Jules est dans nos bras, il est vraiment très beau. Une nouvelle vie commence.

 

De retour à l’auberge, même rires et sourires que le matin, nous repartons de suite au Carulla pour acheter lait et couches, pas peu fiers de nous promener avec notre bébé dans le kangourou. « Combien retirer au distributeur ? Oui au fait quel est le change Pesos/Euro ? » Le plus petit retrait proposé, 70 000 Pesos, nous impressionne ; il suffira à peine à acheter 2 boîtes de lait et un paquet de couches ! Déjà 17H00, Bébé nous fait bruyamment  comprendre qu’il a faim. Et c’est Maman qui donne son premier biberon, Papa ayant eu droit à la première couche.

 

Les jours qui suivent se passent à merveille. Trois jours de suite, nous revenons de promenade, papa et bébé dans le ventral sont mouillés de chaud. En bons parents encore inexpérimentés, nous ne prévenons pas ces courants d’air et chauds/froids. Quatrième nuit, Jules respire bruyamment, a le nez bouché, de la température. Une première consultation médicale par téléphone nous laisse encore plus inquiets, et bébé est toujours malade deux jours plus tard. Nous arrivons à décrocher un rendez-vous avec un pédiatre, le Docteur COLL, qui, pour avoir étudié sept ans à Chambéry, parle un français parfait, et nous rassure comme nous l’avons rarement été : tout son dossier médical est bon, il a été très bien suivi à l’orphelinat : Jules est en pleine forme. Il en est juste quitte pour trois séances de kiné respiratoire à domicile.

 

Les jours se suivent et se ressemblent, rythmés par les différentes visites administratives des uns et des autres nécessaires à la constitution du visa de retour des petit bouts, par des arrivées, des départs. Nous en profitons pour faire un peu de tourisme, accompagnés par David. Nous allons parfois déjeuner au restaurant, nous passons souvent chez « Pepe Ganga », qui pour acheter un hochet, une tétine, un autre pour une mouchette. L’enseigne « Foto Japon » développe toutes nos photos et nous inonde de briquets en retour. Rares sont les soirs où le dîner n’est pas précédé d’un apéritif arrosé (qui, peut-être compte–tenu de l’altitude, nous ont valu de mémorables maux de tête !) Après le repas, le PC de l’auberge est pris d’assaut, l’accès internet étant gratuit à partir de 19H00 et tout le dimanche. Nous lisons, écrivons, informons nos familles et amis d’un scrupuleux compte-rendu sur tout ce que Jules rit, boit, pleure, baille, dort, regarde…

A l’auberge, les gouvernantes, Luz, Martha, et Rosa assurent un service impeccable, et à notre demande, font même une cuisine plus couleur locale que celle des premiers jours

 

Notre dossier avance aussi soudain très vite, jusqu’au jour où Lucia nous annonce que nous pouvons aller réserver notre billet de retour pour le 31 Juillet ! Incroyable, nous qui avions prévu de rester environ 6 semaines, voilà que trois semaines après notre arrivée, nous pouvons prendre un vol de retour.

 

Dans l’avion, qui n’est pas aussi plein qu’à l’aller, point de la nacelle que nous avions pourtant réservée pour y faire dormir Jules. Une hôtesse nous propose alors d’occuper une rangée de 3 sièges où nous installons Jules entre nous deux. Il fait ses nuits, et l’avion ne le perturbe pas du tout : Monsieur trouvera la délicatesse de se réveiller seulement œ heure avant notre atterrissage à Madrid.

 

A St Exupéry, c’est FRANCE 3 qui nous accueille : ils attendaient Rumsas, le dopé du Tour de France 2002. Derrière les caméras, enfin, toute la famille est là, et nous faisons la présentation officielle de tout ce petit monde à Jules, qui n’en loupe pas une miette.

 

Après l’agitation des jours qui suivirent notre retour, nous nous retrouvons seuls, tous les trois. Enfin seuls, tous les trois !! C’est là que nous avons pu pleinement mesurer et profiter du bonheur que Jules nous offrait. C’était il y a tout juste un an. Et depuis, chaque jour à ses côtés est magique. De ses sourires, de ses progrès, de ses premiers « Papa Maman », de ses premiers pas, de ses premiers gros chagrins qui se terminent la tête sur notre épaule.

 

Mon petit Jules, quand tu seras en âge de lire ces lignes, saches qu’à ce jour, Papa et Maman regardent passer les cigognes dans le ciel qui transportent ton petit frère ou ta petite sœur. Et un jour prochain nous prendrons un avion tous les trois pour les rattraper…

 

 

 

 

                                                                       Charly, le 9 Juillet 2003

 

 

                                                                       Nicolas et Sabrina DEMURE

 

Par Nicolas DEMURE
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